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Rencontre d’Alterpresse avec Stevens Valery Nelson (Par Wooldy Edson Louidor)

Plaidoyer d’un jeune informaticien pour l’utilisation des TIC comme outil de bonne gouvernance et de développement en Haïti

Rencontre avec Stevens Valéry Nelson, ingénieur informaticien haïtien résidant à Paris, membre de l’équipe de  Développement de l’application web Haitijeconnais, créée par Évolution d’Haïti (EVOH)

Paris, 30 août 2015 [AlterPresse] — Il vit depuis 2012 à Paris, où il travaille comme ingénieur informaticien. Il fait partie de la nouvelle génération de jeunes, français et étrangers, qui contribuent au développement et à l’application des Technologies de l’Information et la Communication (TIC) dans le secteur public et privé en France. Cette contribution est décisive pour élever le niveau de compétitivité de la France dans ce domaine par rapport au reste de l’Europe et pour rompre la « fracture numérique » entre Paris et les régions et départements du pays.

Son nom, Stevens Valéry Nelson. Il développe un logiciel de gestion des aides et subventions pour les conseils régionaux et départements français ; en même temps, il projette de mettre sur pied (après le déroulement des élections en Haïti) un projet pilote d’installation d’un système informatique dans quelques mairies à travers le pays.

AlterPresse l’a rencontré à Paris.

Apr : Qui êtes-vous, Nelson ? D’où venez-vous en Haïti ?

Je suis né en 1984 à Petit-Goâve, je vis actuellement en France travaillant en tant qu’ingénieur d’études et de développement chez un éditeur de progiciels métier spécialisé sur le secteur public.

Je suis également membre de « Évolution d’Haïti » (EVOH), une jeune association qui se propose d’utiliser les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) dans la réalisation de projets liés à l’éducation, la formation et la promotion culturelle.

Cette association, composée de jeunes haïtiens vivant en Haïti et dans la diaspora, veut surtout être force de proposition, être dans l’action. L’association a déjà créé l’application Haitijeconnais avec l’objectif de présenter Haïti autrement, à travers un jeu de questions/réponses mettant en avant les atouts du pays. Les gens peuvent télécharger l’application sur Google Play ou bien jouer en ligne sur www.haitijeconnais.com.

Apr : Parlez-nous de votre parcours universitaire ?

Après un Master I en Sciences Informatiques à l’École Supérieure d’Infotronique d’Haïti (ESIH) en 2007, j’ai intégré la faculté des Sciences Humaines (FASCH) de l’Université d’État d’Haïti pour des études en Communication Sociale. Après le tremblement de terre, j’ai obtenu une bourse d’études de l’Ambassade de France en Haïti. J’ai fait un Master en Systèmes d’Information Répartis à l’Université d’Aix-Marseille.

Apr : Avant de partir en France, vous avez eu une expérience professionnelle en Haïti ? Et maintenant où travaillez-vous en France ?

J’ai travaillé pendant quatre ans à la Direction Générale des Impôts (DGI) (2004-2008). Je pense toujours que travailler à la DGI à cet âge était une expérience fondatrice. Cela aide à se forger, à se définir.

En 2008, j’ai intégré le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (Garr) comme assistant à la Communication. J’ai passé deux ans au Garr travaillant, entre autres, sur la problématique de la migration, la sensibilisation et le plaidoyer sur le droit à l’identité. Ce sont deux années extraordinaires qui ont affermi mes convictions et mes valeurs politiques et sociales.

Après mes études en France, j’ai travaillé comme Ingénieur d’Études et de développement pendant deux ans (2012-2014) à Axa Banque, à Paris. Je travaillais essentiellement dans la conception et le développement des web services au sein de la Banque.

Après cette expérience, je voulais évoluer dans une petite structure et m’orienter vers un autre secteur d’activité. L’an dernier, j’ai intégré un éditeur de logiciels qui intervient dans la dématérialisation, la conception et le développement d’applications pour le secteur public. Je travaille donc actuellement sur un logiciel de gestion des aides et subventions pour les conseils régionaux et départements français.

Apr : Quels sont vos projets d’avenir ?

Mon travail de fin d’Études à Esih consistait à concevoir une application permettant d’identifier un individu à la Naissance et de suivre son parcours dans le système éducatif haïtien. Nous avions fait une analyse de l’existant dans les institutions impliquées dans l’identification des Haïtiens. Près de dix ans après, la problématique est peut-être différente à cause de l’effondrement des institutions, suite au séisme du 12 janvier 2010 qui a frappé le pays ; cependant, l’État haïtien ne peut toujours pas donner des documents d’identité à tous les enfants du pays. Participer à l’intégration des TIC dans l’administration publique, dans les collectivités locales est un projet qui me tient énormément à cœur.

De plus, en travaillant avec le secteur public en France, je comprends mieux comment les TIC peuvent être utiles dans la mise en pratique des politiques publiques, la bonne gouvernance et une gestion plus efficace de l’argent public.

Après les élections pour les collectivités locales, nous espérons avec EVOH, lancer un projet pilote dans quelques Mairies pour faire une proposition d’un système informatique qui tient compte des possibilités économiques, des ressources humaines et des infrastructures des communes.

Par ailleurs, nous espérons participer à des débats qui concernent globalement les nouvelles technologies, la protection de la vie privée sur Internet et faire le plaidoyer pour l’intégration des logiciels libres dans l’administration publique. Haïti ne peut pas se permettre de continuer à acheter des licences très chères pour des logiciels pendant que d’autres pays utilisent de plus en plus des logiciels libres.

Les questions liées aux TIC doivent être agitées dans la société. Ces sujets sont assez éloignés des préoccupations quotidiennes des Haïtiens/Haïtiennes, mais les décisions publiques dans ce domaine auront des impacts sur la vie des citoyens /citoyennes.

APr : En France vous maintenez vos liens avec Haïti ? Et aussi avec la communauté haïtienne à Paris ?

Comme beaucoup d’autres migrants, je garde des liens familiaux et affectifs en Haïti. Dès mon arrivée à Marseille, j’ai fréquenté le milieu associatif haïtien. À Paris, j’ai côtoyé l’Association pour une Nouvelle Image d’Haïti (ANIH) qui organise des activités culturelles en France et des actions dans des communautés en Haïti.

Depuis plus d’un an, je travaille avec EVOH sur le projet Haïtijeconnais. Cette application continue à être améliorée et pourrait devenir une plateforme de diffusion d’idées positives sur Haïti et de promotion du tourisme.

Apr : En tant qu’informaticien, qu’est-ce que la France vous a apporté ?

Malgré la crise, la France reste un pays avec beaucoup d’entreprises innovantes et de start-up. Les entreprises créent beaucoup d’emplois dans les secteurs d’activités liés aux Technologies de l’Information et de la Communication. En tant que migrant, cela me fait plaisir d’apporter de la valeur à une PME dans mon pays d’accueil, d’acquérir un savoir-faire et de l’expérience avant de rentrer à la maison.

[wel gp apr 30/08/2015 00 :30]

http://www.alterpresse.org/spip.php?article18765#.VfHZM5fUT9o

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